DAS du téléphone : ce que l'indice mesure vraiment

DAS du téléphone : ce que l'indice mesure vraiment

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Le DAS mesure l’énergie des ondes radio absorbée par le corps, exprimée en watts par kilogramme. Trois valeurs coexistent sur chaque téléphone vendu en France : tête et tronc plafonnées à 2 W/kg, membres à 4 W/kg. Cet indice décrit un maximum obtenu en laboratoire, jamais votre exposition d’une journée ordinaire.

Trois chiffres, trois façons de porter un téléphone

Le sigle recouvre le débit d’absorption spécifique, quantité d’énergie électromagnétique absorbée par les tissus vivants. L’ANFR le définit pour les fréquences comprises entre 100 kHz et 10 GHz, plage qui englobe l’ensemble des usages mobiles courants.

Un seul appareil porte trois valeurs distinctes, parce qu’un téléphone ne se tient jamais de la même manière selon le moment de la journée.

IndiceSituation reproduitePlafond réglementaire
DAS têteAppareil collé à l’oreille pendant un appel2 W/kg
DAS troncAppareil dans une poche de veste ou un sac2 W/kg
DAS membresAppareil tenu en main ou porté au bras4 W/kg

Le plafond plus élevé accordé aux membres tient à la nature des tissus concernés, moins sensibles qu’un organe interne. La valeur mise en avant sur une fiche produit reste souvent celle de la tête, alors que le DAS membres arrive fréquemment en tête des trois. Lire une seule ligne revient donc à comparer deux appareils sur un critère partiel.

Chaque mesure suit une norme européenne dédiée : NF EN 50360 pour la tête, NF EN 50566 pour le tronc et les membres. Ces protocoles fixent les positions de l’appareil, la durée d’émission et le modèle de corps utilisé, ce qui rend deux résultats réellement comparables entre eux.

Ce que le laboratoire reproduit, et ce qu’il laisse dehors

L’essai se déroule sur un mannequin rempli d’un liquide dont les propriétés électriques imitent celles des tissus humains. L’appareil émet à sa puissance maximale, régime que le réseau ne lui demande presque jamais en usage réel. Des sondes relèvent l’absorption locale, puis le calcul retient le pire point sur dix grammes de tissu.

La distance entre l’appareil et le corps a longtemps constitué le maillon faible du protocole. Jusqu’en avril 2016, un fabricant déclarait son DAS tronc à l’écart de son choix, entre 0 et 25 millimètres, ce qui autorisait des mesures effectuées à deux centimètres et demi de la peau. La réglementation entrée en vigueur le 25 avril 2016 a ramené cette distance à cinq millimètres au maximum, la France ayant plaidé pour un contact strict. Le geste réel, téléphone glissé dans une poche de chemise, se rapproche désormais des conditions d’essai.

Le protocole conserve ses angles morts. Il ignore l’accumulation de plusieurs sources dans une même pièce, ne dit rien de la durée d’exposition, et ne couvre pas les accessoires connectés portés en permanence. Un indice décrit une pointe instantanée, pas une dose cumulée sur une semaine.

Mannequin de mesure dans un laboratoire d’essais radiofréquences avec sonde et téléphone positionné

Pourquoi votre exposition du jour ne ressemble pas à l’indice

Le chiffre inscrit dans la notice correspond au maximum atteignable. En circulation, un téléphone module en permanence sa puissance d’émission selon ce que le réseau exige de lui, mécanisme désigné sous le nom de contrôle de puissance. L’ANFR précise que le DAS réel en cours d’utilisation reste inférieur à la valeur mesurée, les appareils fonctionnant la plupart du temps à puissance réduite.

Cette régulation obéit à une logique tenant en deux images. Antenne proche et signal franc, l’appareil murmure. Signal faible en fond de cave ou en zone mal desservie, il crie pour rester accroché, et son émission grimpe vers le plafond. La qualité de couverture pèse donc davantage sur votre exposition quotidienne que l’écart entre deux modèles bien classés. Les leviers concrets figurent dans notre méthode pour améliorer la réception mobile chez soi.

Un second facteur joue depuis quelques années. Les capteurs de proximité intégrés aux appareils, associés à des algorithmes de détection d’usage, identifient si le téléphone est collé à la tête, porté contre le corps ou simplement posé sur une table. La puissance s’ajuste en conséquence, et ces mécanismes influent directement sur la valeur maximale relevée en laboratoire.

La bande de fréquence entre aussi dans l’équation. Les bandes basses portent loin et traversent les parois, les bandes hautes réclament une densité d’antennes supérieure pour offrir le même service, comme le détaille notre point sur la couverture 5G en France. Un réseau dense n’augmente pas mécaniquement l’exposition individuelle : il réduit l’effort demandé à chaque terminal.

L’affichage obligatoire, et le chemin qui y a mené

La France impose l’affichage du DAS depuis le décret n° 2010-1207 du 12 octobre 2010. La valeur doit apparaître à proximité immédiate de l’appareil sur le lieu de vente, ainsi que dans toute publicité, y compris lors d’une distribution à titre gratuit au consommateur final.

Le périmètre s’est élargi depuis. Un décret signé le 15 novembre 2019, applicable au 1er juillet 2020, a étendu l’obligation à tous les équipements radioélectriques destinés à un usage à proximité du corps humain : tablettes, montres connectées, objets portés au poignet. L’information ne se limite plus à la seule valeur relevée sur la tête.

La loi du 9 février 2015 relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques a ajouté deux obligations commerciales. Toute publicité pour un téléphone mobile doit mentionner la recommandation d’usage d’un dispositif réduisant l’exposition de la tête. Et le vendeur doit proposer un kit mains libres adapté aux enfants de moins de quatorze ans.

Ces règles couvrent le marché français. Un appareil acheté sur une place de marché établie hors Union européenne échappe fréquemment au contrôle : affichage absent, marquage CE invérifiable, aucun interlocuteur en cas de rappel.

Rayon de téléphonie dans un magasin français avec étiquettes techniques affichées sous les appareils

Ce que révèlent les contrôles annuels

L’ANFR prélève chaque année des appareils dans le commerce et les fait mesurer en laboratoire accrédité, au titre de sa mission de surveillance du marché. La campagne 2025 a porté sur 80 équipements issus de 33 marques, dont 73 téléphones mobiles.

Sur ces 73 téléphones, dix-sept ont été déclarés non conformes, soit 23 % du panel. Neuf dépassaient les limites réglementaires de DAS, dont huit sur l’indice membres et un sur l’indice tête. Les huit autres présentaient une non-conformité administrative : marquage, documentation technique, déclaration incomplète.

La suite du dossier instruit davantage que le constat. Quatre appareils ont retrouvé la conformité par une mise à jour logicielle, l’agence vérifiant ensuite l’effet par de nouvelles mesures. Les cinq restants ont fait l’objet d’un retrait du marché. Ce partage entre correction logicielle et retrait dit quelque chose du mécanisme : sur beaucoup de terminaux, le dépassement tient à un réglage de gestion de puissance, pas à un défaut matériel irréversible.

Les mesures réalisées depuis 2012 sont publiées en accès libre sur le portail de données ouvertes de l’agence, avec une actualisation semestrielle. Chaque fiche indique la marque, le modèle, les valeurs relevées et la date du contrôle. C’est la seule source qui confronte la déclaration du fabricant à une mesure indépendante.

Comparer deux appareils sans se tromper de critère

Un DAS bas ne signale ni un meilleur réseau, ni une antenne plus performante. L’indice décrit une émission maximale, pas une qualité de réception. Deux téléphones affichant des valeurs éloignées tiendront la même conversation dans la même pièce.

Trois réflexes suffisent pour lire correctement une fiche :

  • Regarder les trois valeurs, pas seulement celle de la tête, puisque l’indice membres domine souvent le classement.
  • Vérifier la valeur mesurée par l’agence plutôt que la seule déclaration du constructeur, quand le modèle figure dans la base publique.
  • Tenir compte de la marge restante : un appareil à 1,9 W/kg respecte la limite, sans réserve, là où un modèle à 0,8 W/kg en garde une confortable.

Pour un parc d’entreprise, ce critère se glisse dans une grille qui en compte déjà beaucoup, aux côtés de l’autonomie, de la durée de support logiciel et des outils de gestion de flotte, arbitrages détaillés dans notre guide pour choisir un smartphone pour un usage professionnel. L’usage réel des lignes pèse tout autant sur la décision, sujet traité dans notre méthode pour définir ses besoins en forfait professionnel.

Deux téléphones posés côte à côte sur un bureau clair avec des fiches techniques imprimées

Ce que dit l’expertise sanitaire, sans raccourci

Le Centre international de recherche sur le cancer a classé les champs électromagnétiques de radiofréquences dans le groupe 2B, « peut-être cancérogènes pour l’homme », en mai 2011. Cette catégorie s’emploie lorsqu’un lien causal paraît crédible sans que le hasard, un biais ou un facteur de confusion puissent être écartés avec une certitude raisonnable.

Quatorze ans plus tard, l’ANSES a publié le 26 novembre 2025 son rapport consacré aux radiofréquences et au cancer. L’évaluation des connaissances nouvelles, croisées avec les données antérieures, ne met pas en évidence de lien entre l’exposition aux radiofréquences des téléphones mobiles et le développement de cancers. L’agence estime que les éléments disponibles justifieraient un reclassement vers le groupe 3, celui des agents inclassables quant à leur cancérogénicité.

Un point mérite d’être retenu tel quel : l’ANSES ne recommande pas de modifier les valeurs limites d’exposition en vigueur, ni les recommandations d’usage existantes. Le cadre réglementaire actuel reste donc la référence, et l’affichage du DAS garde sa fonction d’information du public.

Réduire l’exposition sans y passer ses journées

Quelques gestes pèsent davantage que le choix du modèle, parce qu’ils agissent sur la puissance réellement émise plutôt que sur un maximum théorique.

Passer un appel long en haut-parleur ou avec un kit filaire éloigne la source de la tête, et l’énergie absorbée décroît très vite avec la distance. Éviter d’appeler quand le signal touche le fond, dans un ascenseur ou un parking souterrain, écarte la phase où le terminal émet au maximum. Un message écrit produit le même effet dans ces conditions, pour un coût de batterie moindre.

Le rangement compte également. Un appareil transporté dans une poche intérieure, écran contre le torse, se rapproche des conditions exactes du DAS tronc. Un sac, une sacoche ou une poche extérieure suffisent à gagner les quelques centimètres qui changent l’ordre de grandeur.

Côté professionnel, l’arbitrage se joue à l’achat puis dans la politique d’usage. Retenir des modèles dont les trois valeurs mesurées restent basses, fournir des kits mains libres aux collaborateurs qui téléphonent plusieurs heures par jour, et documenter ces choix : trois lignes dans une charte d’équipement répondent d’avance aux questions que posent les salariés.

Prochaine étape, en cinq minutes : relevez la marque et la référence exacte de votre téléphone dans les réglages, cherchez ce modèle dans la base de données ouverte de l’ANFR, puis comparez les valeurs mesurées à celles annoncées sur la fiche produit. L’écart, quand il existe, saute aux yeux.