Fin de la 2G et de la 3G : ce qui s'arrête et quand

Fin de la 2G et de la 3G : ce qui s'arrête et quand

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La 2G disparaît des réseaux français au cours de l’année 2026, la 3G suivra entre 2028 et 2029. L’extinction se fait zone par zone, opérateur par opérateur. Un téléphone 4G sans VoLTE activée devient muet, y compris vers les numéros d’urgence, et des milliers d’alarmes et d’ascenseurs perdent leur ligne.

Pourquoi les opérateurs referment la 2G et la 3G

Un réseau mobile coûte cher à maintenir en vie. Ces deux générations, déployées en France dans les années 1990 et 2000, transportent aujourd’hui une fraction résiduelle du trafic tout en occupant des fréquences, des équipements actifs sur chaque site et des équipes d’exploitation.

Le calcul énergétique pèse lourd dans la décision. L’Arcep rappelle que les anciennes technologies consomment davantage que la 4G et la 5G pour acheminer la même quantité de données. Faire tourner quatre générations en parallèle sur un même pylône revient à exploiter quatre chaînes de traitement dont deux servent une poignée d’abonnés.

La sécurité constitue le second argument avancé par le régulateur. Les protocoles de chiffrement et d’authentification des réseaux récents dépassent nettement ceux conçus il y a trente ans, à une époque où l’interception d’une communication mobile relevait davantage de la science-fiction que du matériel commandé en ligne.

Reste la question des fréquences. Chaque bande libérée par la fermeture d’une ancienne génération part vers la 4G ou la 5G, ce qui améliore mécaniquement la capacité et la portée des réseaux qui restent. Le mouvement accompagne la densification décrite dans notre point sur la couverture 5G en France.

L’argument de continuité clôt le dossier. Selon l’Arcep, plus de 99,8 % des sites d’émission 2G et 3G sont déjà équipés en 4G, et cette dernière couvre plus de 99,9 % de la population métropolitaine. Les zones réellement orphelines après extinction restent donc marginales, ce qui ne dit rien du sort des appareils incapables d’utiliser la 4G.

Un calendrier régional, jamais une coupure nationale

Aucune date unique ne marque la fin de la 2G en France. Chaque opérateur pilote son propre calendrier, validé auprès du régulateur, et procède zone par zone : une commune bascule quand ses sites sont prêts, la commune voisine parfois plusieurs semaines plus tard.

Orange a ouvert le bal le 31 mars 2026 sur l’agglomération de Bayonne, Anglet et Biarritz. L’opération s’est étendue le 12 mai aux Pyrénées-Atlantiques et aux Landes, puis le 9 juin à sept départements supplémentaires, avant une généralisation programmée de fin septembre à fin décembre 2026.

OpérateurPremières zones éteintesGénéralisation annoncée
Orange31 mars 2026, Bayonne, Anglet et Biarritzde fin septembre à fin décembre 2026
SFRdu 15 au 30 novembre 2026, zones densesdu 1er au 15 décembre 2026
Bouygues Telecom15 novembre 2026, Brest, Guipavas et Nancydu 1er au 15 décembre 2026
Free Mobileaucun réseau 2G exploité en proprecalendrier aligné sur celui d’Orange

Free Mobile occupe une position à part. L’opérateur n’exploite pas de réseau 2G, ses abonnés suivent donc mécaniquement le rythme d’Orange à travers l’accord d’itinérance qui lie les deux acteurs. Il a également engagé le démantèlement de son propre réseau 3G, ce qui en fait le premier terrain d’observation des effets concrets d’une extinction.

La 3G part ensuite, entre 2028 et 2029 selon les opérateurs. Ce délai supplémentaire laisse du temps pour traiter les cas les plus lourds, mais il installe un faux sentiment de sécurité : un appareil qui ne connaît que la 2G cesse de fonctionner dès 2026, sans période de grâce ni solution de repli.

Armoire technique métallique grise entrouverte dans l’herbe haute au pied d’un mât

La VoLTE, le réglage qui décide de tout

Un téléphone compatible 4G n’est pas automatiquement un téléphone qui appellera encore en 2027. La distinction tient à un mécanisme discret hérité des débuts de cette génération, pensée à l’origine pour transporter des données, pas de la voix.

Lorsque vous lancez un appel depuis un appareil dépourvu de VoLTE, le réseau lui ordonne de redescendre sur la 2G ou la 3G le temps de la conversation, puis de remonter. Les ingénieurs appellent ce détour le repli sur commutation de circuits, désigné par le sigle CSFB. Le procédé fonctionne parfaitement tant que la génération d’accueil existe. Le jour où elle disparaît, l’appel part dans le vide.

La VoLTE supprime le détour : la voix circule en paquets sur la 4G, comme n’importe quelle donnée. Le message texte emprunte ensuite le même chemin, alors qu’il passait jusque-là par le canal de signalisation des réseaux historiques, mécanique détaillée dans notre comparaison des formats SMS, MMS et RCS.

Trois situations privent un appareil récent de cette fonction : un modèle importé et homologué pour d’autres opérateurs, un micrologiciel jamais mis à jour, ou un réglage désactivé après un changement de carte SIM. Les abonnés de Free Mobile ont essuyé les premiers dégâts en 2026, avec des lignes incapables d’émettre le moindre appel, y compris vers le 15, le 17, le 18 et le 112, alors que la 4G fonctionnait normalement sur ces mêmes terminaux.

Le sujet dépasse le simple confort. L’acheminement gratuit des communications de secours repose sur des obligations réglementaires précises, décrites dans notre article sur l’appel d’urgence depuis un mobile. Aucune de ces obligations ne compense en revanche un terminal qui ne sait pas parler le bon protocole : le réseau répond, l’appareil non.

Le réglage porte des noms différents selon les fabricants, appels 4G, appels VoLTE ou voix HD, et se trouve dans les paramètres réseau de la ligne. Activez dans la foulée les appels Wi-Fi, précieux quand le signal radio manque à domicile, levier décrit dans notre méthode pour améliorer la réception mobile chez soi.

Quatre millions et demi de cartes SIM encore accrochées

L’Arcep a mis en place en septembre 2025 un observatoire trimestriel du parc concerné, alimenté par Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR. Le décompte porte sur les cartes SIM insérées dans des terminaux compatibles uniquement avec la 2G, ou avec la 2G et la 3G.

Fin mars 2026, ce parc s’élevait encore à 4,5 millions de cartes, dont 2 millions logées dans des appareils limités à la seule 2G. Ces derniers perdent toute connectivité au passage de leur zone, sans mise à jour capable de les sauver : la puce radio ne connaît tout simplement pas la 4G.

Le rythme de migration s’accélère. L’autorité a relevé 688 000 cartes de moins au premier trimestre 2026, contre 394 000 au trimestre précédent. Le segment strictement 2G recule de 17,1 % sur ce seul trimestre et concentre 60 % de la baisse totale. Le régulateur juge malgré tout la cadence insuffisante pour vider le parc avant les échéances annoncées.

Derrière ces chiffres se cache une population qui ne lit aucun communiqué. Téléphones à touches conservés par habitude, appareil de secours oublié dans une boîte à gants, ligne de dépannage confiée à un parent âgé : ces usages échappent largement aux campagnes d’information des opérateurs, faute de trafic de données permettant de joindre l’utilisateur autrement que par courrier.

Ancien téléphone à coque anonyme rangé dos visible dans une boîte en carton ouverte sur une étagère de garage

Alarmes, ascenseurs, téléassistance : le vrai chantier

Le dossier le plus lourd ne concerne pas les téléphones. Il concerne les objets qui composent un numéro sans intervention humaine, installés une fois pour toutes puis oubliés pendant quinze ans.

La Commission supérieure du numérique et des postes a alerté sur ce point dans son avis du 10 avril 2025. Elle y recense 120 000 alarmes téléphoniques encore raccordées en 2G et 180 000 en 3G, et chiffre à 1,3 million les terminaux liés à la téléassistance, aux ascenseurs et à la protection des sites. Une étude PwC de 2024, reprise dans le même avis, évalue à 685 millions d’euros le surcoût de remplacement pour les secteurs des alarmes, de la vidéosurveillance, de la téléassistance, des ascenseurs, du matériel médical et des appels d’urgence embarqués.

La liste des équipements exposés dépasse largement le cadre domestique :

  • les téléphones de secours des cabines d’ascenseur, obligatoires et reliés à une centrale de réception,
  • les bracelets et boîtiers de téléassistance des personnes âgées ou isolées,
  • les alarmes anti-intrusion et les caméras raccordées par carte SIM,
  • les terminaux de paiement mobiles et les bornes en libre-service,
  • l’appel d’urgence automatique embarqué dans les voitures, l’eCall, dont la première génération passe par la voix commutée,
  • les capteurs industriels, compteurs déportés et traceurs de flotte.

La sortie passe par des technologies dérivées de la 4G et taillées pour les objets. Le LTE-M et le NB-IoT consomment peu d’énergie, portent loin et traversent mieux les sous-sols qu’une liaison 4G classique, ce qui compte quand le boîtier vit dans une gaine technique ou un local enterré. Le basculement suppose selon les cas une simple mise à jour du micrologiciel, l’échange du module radio, ou le remplacement de l’équipement entier.

Le point de blocage est rarement technique. Il tient à l’identification du parc : personne ne sait spontanément sur quelle génération se connecte un boîtier posé en 2012, et la notice d’origine ne le mentionne pas davantage. Ce recensement prend des semaines dans une copropriété, des mois dans une entreprise multisite.

Cabine d’ascenseur vide aux parois en inox brossé vue depuis le palier portes ouvertes

Trois vérifications avant que votre zone bascule

Commencez par l’appareil lui-même. Un modèle acheté neuf en France ces dernières années gère la 4G et la voix associée, mais l’activation n’est pas toujours effective : ouvrez les réglages réseau de la ligne, repérez la mention appels 4G ou voix HD, et vérifiez qu’elle est bien active. Une mise à jour système en attente règle une bonne partie des situations.

Passez ensuite aux objets. Faites l’inventaire de ce qui, chez vous ou dans vos locaux, communique seul : alarme, télésurveillance, dispositif de téléassistance, portail motorisé, chaudière pilotée à distance, traceur de véhicule. Le fabricant ou l’installateur reste l’interlocuteur légitime pour identifier la génération utilisée et proposer un chemin de migration.

Interrogez enfin votre opérateur sur l’avancement dans votre commune. Les quatre acteurs publient leurs calendriers et contactent les clients repérés comme non compatibles, mais un appareil acheté hors de leurs circuits passe fréquemment sous le radar de ce ciblage.

Le renouvellement du terminal n’impose pas pour autant un achat neuf. Un appareil défaillant se répare, avec des droits précis rappelés dans notre article sur la réparation d’un smartphone, et un ancien modèle devenu inutile se rapporte en boutique : les opérateurs collectent près d’un million de téléphones par an selon l’Arcep, avec un pic de 1,287 million en 2023, soit 18 % du nombre total d’appareils vendus cette année-là.

Prochaine étape, dix minutes montre en main : ouvrez les réglages réseau de votre téléphone pour confirmer que les appels 4G sont actifs, puis listez sur papier chaque boîtier de votre logement qui appelle tout seul. Transmettez cette liste à votre installateur en lui demandant la génération employée. Comptez plusieurs mois de délai pour un remplacement de parc dans un immeuble ou une entreprise.